À l’inverse, l’activité liée aux qualifications de type a marqué le pas, pénalisée par les retards de livraison des nouveaux appareils et l’évolution des besoins du marché.
En 2025, les organismes de formation ont dû répondre aux contraintes du moment tout en anticipant les besoins à venir. Du côté des compagnies aériennes, la tendance est claire : il ne s’agit plus seulement de recruter pour combler les postes vacants, mais de préparer dès aujourd’hui les pilotes dont elles auront besoin dans les prochaines années. Pour Aira Klusaitiene, directrice commerciale de BAA Training, les compagnies adoptent désormais une vision beaucoup plus à long terme.
“Après plusieurs années marquées par des recrutements destinés à répondre aux besoins immédiats, nous constatons aujourd’hui de véritables investissements dans les formations Ab Initio et les programmes cadets. Les compagnies savent qu’elles auront besoin de pilotes et s’y préparent dès maintenant.”
Les compagnies aériennes misent sur les formations Ab Initio et MPL
En 2025, les formations Ab Initio ont connu un nouvel essor. Plutôt que de chercher uniquement à répondre aux besoins de recrutement à court terme, les compagnies aériennes sont de plus en plus nombreuses à anticiper la formation de leurs futurs pilotes.
Les programmes MPL (Multi-Crew Pilot Licence) se sont également davantage généralisés. S’ils existent en Europe depuis plusieurs années, leur développement s’est nettement accéléré en 2025. La compagnie low cost espagnole Volotea a par exemple lancé un partenariat avec BAA Training en février 2025, proposant aux élèves pilotes un parcours débouchant sur un emploi garanti. Qatar Airways et d’autres compagnies ont également continué à développer leurs programmes cadets déjà bien établis en Europe.
“Les compagnies qui proposent des programmes MPL nous expliquent régulièrement que leurs cadets sont mieux préparés à leur arrivée en exploitation”, souligne Aira Klusaitiene. “La formation est adaptée dès le départ aux procédures de la compagnie, ce qui facilite ensuite la transition vers le métier. Ce modèle leur apporte aussi davantage de visibilité : elles savent quand leurs pilotes seront prêts à intégrer leurs équipes et quelles compétences ils auront acquises.”
Pour les écoles de pilotage, les programmes MPL apportent eux aussi une plus grande visibilité. Grâce aux partenariats avec les compagnies aériennes, elles dépendent moins des élèves qui financent eux-mêmes leur formation et peuvent former un nombre de pilotes plus proche des besoins réels du marché. Le MPL s’impose ainsi non pas comme un substitut aux parcours traditionnels, mais comme un moyen pour les compagnies d’anticiper et de sécuriser le recrutement de leurs futurs pilotes.
Une année difficile pour les qualifications de type
Du côté des qualifications de type, la situation a été bien différente en 2025. Les retards de livraison accumulés par Boeing et Airbus ont eu des répercussions sur l’ensemble du marché de la formation. Les constructeurs peinent encore à respecter leurs calendriers de livraison et ne prévoient pas un retour complet à la normale avant 2031-2032. En attendant, les compagnies aériennes doivent donc composer avec les flottes dont elles disposent déjà.
Le renouvellement et l’expansion des flottes ont ralenti, réduisant par la même occasion le besoin de former des pilotes sur de nouveaux types d’appareils. Plutôt que de développer leurs capacités, les compagnies ont cherché à exploiter au mieux leurs ressources existantes, avec à la clé moins de qualifications de type que les années précédentes. La cessation d’activité de plusieurs compagnies en fin d’année a également entraîné le retour sur le marché de pilotes expérimentés et d’appareils jusque-là exploités par ces transporteurs.
“L’année dernière a été difficile pour les qualifications de type”, explique Aira Klusaitiene. “Les livraisons ont fortement ralenti et les compagnies se sont concentrées sur l’optimisation de leurs ressources. Des pilotes expérimentés sont ainsi revenus sur le marché de l’emploi. Malgré cela, certains renouvellements de flotte ont continué à générer des besoins en formation, notamment lorsque des compagnies ont opté pour une autre famille d’appareils afin de réduire leurs coûts.”
Les avions monocouloirs, qui représentent environ 60 % du marché de l’aviation commerciale, restent au cœur des stratégies de renouvellement et de développement des flottes. À la mi-2025, ils représentaient 88,9 % du carnet de commandes d’Airbus, soit 7 660 appareils sur un total de 8 617. Face aux retards de livraison, les compagnies ont toutefois dû reporter certains projets d’expansion et continuer à s’appuyer davantage sur leurs flottes actuelles en attendant la livraison des nouveaux appareils.
Quelles perspectives pour 2026 ?
Après une année 2025 difficile pour les qualifications de type, la demande en formation devrait repartir sur de nouvelles bases en 2026, avec une croissance qui se concentrera davantage dans certaines régions du monde.
L’Asie et le Moyen-Orient devraient être les principaux moteurs de cette prochaine phase de croissance. En 2025, les compagnies du Moyen-Orient ont passé plusieurs commandes d’envergure pour accompagner le développement de leurs flottes. Flydubai a ainsi commandé 225 appareils, dont 150 A320neo et 75 Boeing 737 MAX. De son côté, Qatar Airways a commandé 160 gros-porteurs (130 Boeing 787 Dreamliner et 30 Boeing 777-9), soit la plus importante commande de gros-porteurs jamais enregistrée par Boeing.

“En 2026, les perspectives seront très différentes d’une région à l’autre”, explique Aira Klusaitiene. “Les commandes passées au Moyen-Orient sont considérables. Qatar Airways a commandé à elle seule 160 gros-porteurs. Lorsque les livraisons s’accéléreront, les besoins en formation augmenteront eux aussi. Au Vietnam, nous observons à la fois le développement des flottes des compagnies existantes et l’arrivée de nouveaux transporteurs. La demande en pilotes devrait donc rester soutenue sur plusieurs fronts.”
Le Vietnam illustre bien cette tendance. En mai 2025, Vietjet a commandé 20 A330neo supplémentaires, doublant ainsi son engagement sur le segment des gros-porteurs. De son côté, Vietnam Airlines prévoyait de lancer un appel d’offres portant sur 50 monocouloirs. Le marché a également accueilli de nouveaux acteurs : Sun PhuQuoc Airways a lancé ses activités en novembre 2025 et prévoit d’exploiter 100 appareils d’ici 2030, avec pour objectif de transporter 20 millions de passagers par an.
La forte proportion de commandes de monocouloirs, notamment des familles A320 et Boeing 737, signifie que les besoins en formation dépendront étroitement du rythme des livraisons. Les constructeurs estiment pouvoir résorber les retards accumulés d’ici 2031-2032. À mesure que les livraisons s’accéléreront, les organismes de formation devront adapter leurs capacités pour répondre à la demande.
Le poids du transport aérien dans l’économie du Moyen-Orient permet également de mieux comprendre l’ampleur de cette croissance. Aux Émirats arabes unis, l’aviation représente 18,2 % du PIB, soit plus de cinq fois la moyenne mondiale de 3,9 %. À l’échelle de la région, sa contribution au PIB devrait atteindre 730 milliards de dollars d’ici 2043, soit plus du double de son niveau actuel.
Les délais de livraison restent toutefois difficiles à prévoir, ce qui complique l’organisation des formations en amont. Mais le besoin est bien réel : lorsque les nouveaux appareils arriveront, les compagnies devront disposer de pilotes formés et prêts à les exploiter.
Quel bilan pour le marché de la formation des pilotes en 2025 ?
En 2025, le marché de la formation des pilotes a connu des évolutions contrastées. Les programmes Ab Initio et MPL ont progressé, portés par les investissements des compagnies dans la préparation de leurs futurs pilotes. À l’inverse, les qualifications de type ont ralenti sous l’effet des retards de livraison des appareils et de l’évolution du marché. Cette évolution témoigne d’un changement d’approche : les compagnies cherchent désormais davantage à anticiper leurs recrutements sur plusieurs années plutôt qu’à répondre uniquement aux besoins du moment.
L’année a aussi confirmé à quel point la formation des pilotes est liée à l’évolution des flottes. Lorsque les livraisons ralentissent, le nombre de qualifications de type diminue. À l’inverse, les projets de développement des flottes encouragent les compagnies à investir plus tôt dans les formations Ab Initio. Pour les organismes de formation, 2025 a donc été une année d’équilibre entre les contraintes du moment et la nécessité de se préparer à la hausse de la demande qui accompagnera, à terme, la livraison des nombreux appareils actuellement en commande.
La situation a également beaucoup varié selon les régions. L’activité est restée relativement stable en Europe, tandis que le Moyen-Orient et l’Asie se sont affirmés comme les principaux pôles de croissance pour les années à venir. Les importantes commandes d’appareils, le développement des flottes et l’arrivée de nouvelles compagnies, comme Sun PhuQuoc Airways au Vietnam, devraient entraîner une hausse des besoins en pilotes et, par conséquent, en formation.
En 2026, le marché entre ainsi dans une nouvelle phase. À mesure que les livraisons reprendront, les compagnies devront pouvoir compter sur suffisamment de pilotes qualifiés pour accompagner le développement de leurs flottes. Les organismes de formation qui auront anticipé cette reprise, développé leurs capacités et renforcé leurs partenariats avec les compagnies seront les mieux placés pour répondre à la reprise de la demande.